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Fiche pièce
Kwao Adjoba



L'AUTEUR
Aby (d') François Amon



Evénements à suivre
L'agenda du moment autour de la personne/l'oeuvre

 

 
 
 
       
       
       
Kwao Adjoba
Aby (d') François Amon

Ces fiches sont soumises au respect de la propriété intellectuelle.
Fiche réalisée par Koffi Kwahulé


  Côte d'Ivoire
1953
Les Paragraphes littéraires, Paris, 1955 ; rééd. in Le Théâtre populaire en République de Côte d'Ivoire, Cercle culturel et folklorique de la Côte d'Ivoire, Abidjan, 1965
 
Genre
Comédie dramatique

Nombre de personnages
16 personnages.

Longueur
8 tableaux
19 pages


Temps et lieux
Période coloniale, en Afrique de l'Ouest.

Thèmes
droit à l’héritage des femmes (Le) , Méfaits du matriacat (Les)

Mots-clés
Féminisme , héritage , médecine traditionnelle/médecine moderne
 
 

  Consultation de la fiche par rubriques
 

Un premier repérage : la fable
Résumé de la pièce

Parcours dramaturgiques
Analyse dramaturgique qui fait apparaître l'originalité de la structure et son fonctionnement général par rapport à l'espace, au temps, aux personnages, etc.

Pistes de lecture
Analyse plus philosophique et poétique, voire linguistique qui permet de dégager une interprétation et les véritables enjeux de la pièce

De plain-pied dans le texte
Un extrait

Du texte à la scène
Petite histoire de la pièce de ses conditions d'écriture à sa création en passant par les lectures dont elle a pu faire l'objet

Pour poursuivre le voyage
Extraits de presse ou d'entretien au sujet de la pièce

 
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Un premier repérage : La fable

Akroman Mango, planteur de son état, est très malade et les soins de N'Douba le féticheur n'y peuvent rien. Grâce à sa fille Alloua qui vit à Abidjan, Mango est transporté dans un hôpital d'Abidjan malgré l'opposition de son frère Kakou et de sa soeur Ahou à qui revient, selon la coutume, le choix du "médecin". Pendant que Mango se fait soigner à Abidjan, Kouao Adjoba, sa femme restée au village pour s'occuper des plantations, connaît de réelles difficultés pour payer les manoeuvres. Mais aidée de ses parents (à l'exception d'Akroman Kakou et d'Akroman Ahou), Adjoba parvient à faire de la plantation une affaire prometteuse.
Quelques mois après, Mango guéri est de retour. Kakou saisit alors l'occasion de la fête que le village a organisée en l'honneur de la "résurrection" de Mango pour lui offrir, au nom de son clan, 1.500 francs que Mango refuse, arguant que pendant son hospitalisation, ni Kakou ni Ahou ne sont allés lui rendre visite.
Kakou et Ahou, on le devine, n'ont pas apprécié ce camouflet. Ahou, qui de son propre aveu a déjà tenté par maraboutage de faire divorcer Mango d'avec Adjoba qu'elle soupçonne d'exercer une mauvaise influence sur leur frère, décide alors de supprimer Mango, d'autant plus que depuis son retour, il n'a d'yeux que pour Kwao Adjoba qu'il couvre de bijoux. Il faut dire que la famille de Mango récolte enfin les fruits de son labeur... Selon les plans d'Ahou, Mango supprimé, Kakou hériterait en tant que frère de sa fortune. Mais comme le lui fait remarquer Kakou, dans la logique de la succession, l'héritier direct est Tanon Kessé de Toliessou. Qu'importe, Tanon Kessé sera supprimé avant Mango. Pour cette double exécution, Ahou loue les services du sorcier Akouassi qui n'a aucun mal à supprimer les deux par envoûtement.
Conformément au droit coutumier Kakou Akroman devient l'héritier de Mango. Kakou devient du coup le nouveau mari d'Adjoba (l'épouse faisant partie de l'héritage). Mais sous la pression conjuguée du refus d'Adjoba de continuer à vivre avec un homme qui ne rate aucune occasion de l'humilier et de la haine que lui voue Ahou, le divorce est prononcé et Kouao Adjoba retourne chez ses parents les mains vides.

 
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Parcours dramaturgiques

La danse dans le théâtre d'Amon d'ABY
Amon d'Aby est, à notre connaissance, le premier dramaturge ivoirien à utiliser de manière rationnelle la danse.
La danse dès les premiers pas du théâtre ivoirien d'expression française se révèle indissociable de ce théâtre. Cependant son intégration à l'art de la représentation n'a pas toujours été heureuse ; on lui attribuait (et on lui attribue encore) la même fonction que celle d'une musique de fond, une musique d'ambiance ; la danse était agréable à voir, mais on aurait pu, dramaturgiquement, s'en passer.
Amon d'Aby est le premier à comprendre que dans un théâtre où la danse est apparemment si impliquée, on ne peut se contenter de danser pour danser, elle doit elle aussi faire sens. Il commence par définir, en les nommant, les danses qu'il aimerait voir exécuter dans tel ou tel tableau. On sait que lors des funérailles de Mango on danse "Abodan", qu'à celles d'un parent de Kouamé Badou "golou" est exécutée et que les danses qui ponctuent le sacre de Mian Aoussi sont "akpossé", "abada", "kpandan" et "fokwé" ; nous sommes loin des traditionnels "(la foule danse)" et "(chant et danse)".
En les nommant, d'Aby contraint d'une certaine manière le praticien à en tenir compte ; il donne par ailleurs à travers ces danses des indications sur la teneur des événements qu'elles "accompagnent". Abodan par exemple est une danse akan, plus précisément agni (bien qu'Akans, les Baoulés ne dansent pas abodan), une danse de réjouissances. Kwao Adjoba ne se passe donc pas dans n'importe quelle société akan, mais chez les Agnis (Est et Sud-est). Abodan étant une danse de réjouissances, un esprit peu au fait des pratiques africaines est en droit de se demander ce qu'elle vient faire à des funérailles. Pour Aùon d'Aby, il s'agit de rappeler que si la mort est douloureuse (le tableau 6 des pleurs), elle est également une occasion de fête (abodan du tableau 7). Cette danse donne enfin une indication sur le temps ; elle est dansée après environ une semaine de deuil, au moment où les premières douleurs du tableau 6 se sont quelque peu estompées.
Dans La Couronne aux enchères, Amon d'Aby souligne par les danses le caractère immuable et intemporel du sacre de Mian Aoussi. Ce sont en quelque sorte ces danses, auxquelles ont eu droit les rois précédents, qui donnent une identité au sacre ; on le "reconnaît" grâce à elles. Elles sont d'autre part l'expression d'un pouvoir sans réelle légitimité mais reposant sur une représentation de légitimité, le rituel dont précisément la lourdeur condamne ce pouvoir face à la vivacité de réaction du monde moderne. C'est également par la danse que Amon d'Aby met en garde contre le cynisme du pouvoir dit moderne destiné à remplacer Mian Aoussi. Le tableau 2 s'ouvre sur la danse golou qui, contrairement à abodan (également dansée en d'autres occasions), est réservée aux cérémonies funéraires ; ainsi bien qu'il n'y ait ni cercueil ni pleureuses comme dans Kwao Adjoba, nous savons d'emblée qu'il y a funérailles. La danse devient la métonymie d'un événement. Le tableau 2 exhibe l'immoralité des membres du Cartel qui préfèrent discuter des moyens d'acheter les électeurs plutôt que partager la peine de ceux qui (hors-scène) participent aux funérailles. Le pouvoir prétendu démocratique qu'ils préparent est ainsi marqué du sceau de la mort ; le débat du Cartel est symboliquement encastré dans la mort qui ouvre le tableau : "Les trois adversaires de l'opposition sont réunis dans la cour de Kouamé Badou. (Le rideau s'ouvre sur la fin de la danse "golou", donnée à l'occasion des funérailles d'un parent de Kouamé Badou)" et se referme sur la mort : "Au moment où les trois amis s'apprêtent à sortir, entre la danse des calebasses donnée à l'occasion des funérailles du parent de Kouamé Badou".
Avec La Sorcière Amon d'Aby franchit un pas vraiment décisif. Dans les exemples cités plus haut, même si elle "signifiait", la danse n'était pas vraiment fondue dans l'acte théâtral ; ceux qui dansaient ne le faisaient pas pour dire l'une des fonctions de leur personnage ; on dansait parce qu'il est convenu de danser aux funérailles ou lors d'un sacre. La danse n'était pas action dramatique, elle ne "racontait" rien. Mais en 1957 (l'influence de Kéïta Fodéba ?) avec la Sorcière, pour la première fois la danse devient vraiment "théâtrale" :
(Bientôt, irruption par les côtés jardin et cour de guerriers étrangers, qui encerclent l'assistance et exécutent la danse des sabres. Grande frayeur parmi le peuple de Kongosso) (Acte IV, scène 3)
Plus besoin de tirades dithyrambiques, de duels verbaux, de têtes coupées. La danse condense tout cela.
Amon d'Aby est dans une certaine mesure le précurseur de la Griotique de Niangoran Porquet et du Didiga de Bernard Zadi. En dégageant les grands thèmes du théâtre ivoirien et en esquissant un théâtre qui intègre la danse, jetant ainsi les bases du débat qui secoue de temps à autre le petit monde du théâtre, Amon d'Aby s'est imposé comme le véritable "ancêtre" du théâtre ivoirien d'expression française, du moins de ceux qui ne peuvent concevoir le théâtre sans la danse...

 
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Pistes de lecture

Le point de divergence de tous les sens

Le théâtre ivoirien, parce qu'il se veut le témoin de la naissance d'une nation, est en partie le récit toujours recommencé d'un choix, le choix entre ce qui a été et ce qui est, entre ce qui est et ce qui sera d'une part et, d'autre part (beaucoup plus tard), comme par une acrobatie ironique de l'histoire, entre ce qui est et ce qui aurait dû être.
Kwao Adjoba appartient pour sa part au choix entre ce qui est/sera et ce qui a été. Le thème même de l'héritage n'implique-t-il pas nécessairement le choix, le choix de celui qui est susceptible de poursuivre l'oeuvre entreprise ? Avant ce choix décisif, d'autres choix plus ou moins importants, avec leur lot d'incompréhension, de suspicion, d'hypocrisie, de cynisme et de haine nous auront désigné l'héritier "objectif"
Même si Kwao Adjoba s'ouvre sur le choix du type de médecine capable de sauver Mango, le choix à l'origine des conflits qui vont faire se dresser les Akroman les uns contre les autres se situe avant la pièce, avant le lever de rideau, il y a environ quatre ans.
Au commencement tous les Akroman étaient pêcheurs. Mais un jour, l'un d'entre eux, Akroman Mango, qui gagnait pourtant bien sa vie en tant que pêcheur, décida d'abandonner le métier "ancestral" pour devenir planteur de cacao et de café. C'est ce choix qui, avant l'opposition frontale qui ouvre la pièce, fera naître la faille chez les Akroman :
AHOU : (à Mango) Voilà le problème d'argent qui se pose à nouveau, Mango, et je t'avais bien dit, quand il était encore temps, que tu avais dépassé l'âge de planter des cacaoyers et des caféiers. Mais qui peut te faire entendre raison lorsqu'Adjoba est à tes côtés ? (Tableau 1)
Cette réplique délimite les deux camps : d'un côté les "conservateurs" dirigés par Akroman Ahou secondée par son frère Akroman Kakou à l'exception de Mango et ses enfants, de l'autre les "progressistes" menés par Kwao Adjoba et qui se composent du couple Adjoba/Mango et leurs enfants. Mango constitue l'enjeu du conflit. Enfin, pour que le conflit arrive à maturation, à son point de non-retour, l'existence d'un conflit inter-individuel ; Ahou voue à sa belle-soeur Adjoba une haine totale, absolue, irraisonnée. Les raisons qu'avance Ahou pour justifier sa haine n'obéissent d'une certaine manière qu'à un besoin instinctif de rationaliser ; sa haine serait plutôt de l'ordre de celle (mythique ?) que voue par exemple une belle-mère à son gendre...
La décision de Mango de devenir Planteur est perçue par le reste des Akroman, pêcheurs de pères en fils, comme une déviation, une trahison de l'héritage ancestral, d'autant plus que ce dernier gagnait largement sa vie en tant que pêcheur ; trahison bien évidemment orchestrée par Kwao Adjoba dans l'esprit d'Ahou. D'autre part, et beaucoup plus que le fait d'abandonner ce sacerdoce, le choix même du produit à cultiver représente confusément aux yeux des Akroman la pire des tragédies ; pour ces personnes soucieuses des traditions et respectueuses du droit coutumier, ces personnes d'un certain repli sur soi, le café et le cacao en tant que cultures exclusivement vouées à l'exportation (nous sommes dans les années 50), constituent l'incertitude de l'ailleurs, l'étranger, le danger, le Blanc. Pour la petite histoire, rappelons que l'origine de la culture du café et du cacao est intimement liée aux Travaux Forcés et qu'à l'époque, certains paysans "tuaient" les grains de ces deux produits dans de l'eau chaude pour ne pas avoir à les cultiver... Ils sont par conséquent une intrusion dans le cercle Akroman, au même titre que Kwao Adjoba qui restera toujours la pièce rapportée, l'étrangère. Ce serait d'ailleurs elle qui en aurait donné l'idée à Mango :
AHOU : (à gauche) Lorsqu'il était pêcheur, Mango gagnait largement sa vie, mais tu lui as tourné la tête avec tes histoires de plantations, et voilà près de quatre ans qu'il attend la fortune que tu lui avais fait espérer. (Tableau 1).
Par opposition le café et le cacao représentent pour Mango, Adjoba et leurs enfants, l'activité de demain, celle par laquelle le village s'ouvrira sur la ville (une autre peur des Akroman), et le pays sur le monde. C'est cette même logique qui leur fera préférer les médecins d'Abidjan aux sorciers du village.

 
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De plain-pied dans le texte

AHOU : Entre Kwao Adjoba et moi la guerre est déclarée depuis fort longtemps, mais jusqu'ici, c'est elle qui a marqué des points parce que je n'ai pas voulu employer les grands moyens. J'avais craint qu'en chassant la mauvaise poule qui mange mes grains, je ne chasse aussi la mienne. Mais, puisqu'il est établi maintenant que ma poule ne me connaît plus et qu'elle pond ses œufs pour d'autres personnes, la sagesse la plus élémentaire commande que j'épargne mes grains. Je les épargnerai, et il n'y aura plus de gaspillage.
KAKOU : Epargner les grains, d'accord, mais au profit de qui ? Voilà la question ! La coutume veut que l'héritage du frère passe d'abord aux frères avant de descendre aux neveux. Et si nous supprimons Mango, son héritier serait Tanon Kessé de Toliessou, et non moi. Or, tu le sais aussi bien que moi, la famille ne peut pas du tout compter sur Tanon Kessé pour redresser la situation qui nous préoccupe.
AHOU : Laisse-moi exposer mon plan. Tu me diras ce que tu en penses. Il faut que tu sois le seul héritier de Mango. Pour cela, voici ce que je conçois. Premièrement, nous déblaierons le terrain en éliminant le seul concurrent sérieux et gênant, Tanon Kessé de Toliessou, le fils de la sœur aînée de notre mère. Deuxièmement, nous frapperons Mango comme d'un coup de foudre. Troisièmement, tous les biens vacants nous reviendront, et nous pourrons mettre fin au règne de Kwao Adjoba.
(Tableau IV)
Amon D'Aby, Kwao Adjoba, in Le Théâtre populaire en République de Côte d'Ivoire, p.21.

 
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  Du texte à la scène…

Création en 1953 par le Cercle Culturel et Folklorique à la Maison du Combattant d'Abidjan.

 
 
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Fiche réalisée par Koffi Kwahulé

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